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L'enquête de terrain

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Commencée à l’automne 2011 et terminée à l’été 2012, l’enquête de terrain m'a conduite à solliciter des femmes politiques de toutes obédiences partisanes à tous les échelons de la vie politique.
J'ai contacté par mail toutes les élues au Conseil de Paris, au Conseil régional d’Ile-de-France, à l’Assemblée nationale et au Sénat, et j'ai rencontré celles qui avaient répondu positivement à la lettre présentant les grands thèmes de l’enquête et sa méthode.
Elles ont été 57 à le faire, réparties de la sorte : 11 conseillères municipales, 11 conseillères régionales, 13 sénatrices et 19 députées, auxquelles il faut ajouter deux anciennes ministres sans plus de mandat électif (au total, 7 des 57 femmes rencontrées avaient occupé ou occupaient des fonctions ministérielles).

 


La trame exploratoire du guide d’entretien a été conçue à partir de mon travail théorique sur les mutations de la condition féminine contemporaine. Cinq grands thèmes étaient abordés :


- l’engagement politique et les éventuels sacrifices consentis,
- les résistances et obstacles rencontrés du fait d'être une femme en politique,
- l’éventuelle spécificité du travail politique au féminin,
- l’importance de l’apparence et de la présentation de soi,
- les difficultés de l'articulation vie privée-vie publique.
L’une des hypothèses sous-tendant l’enquête regardait le chevauchement des dimensions sociales et intimes de la vie féminine ; il s’agissait de l’éprouver en amenant les femmes politiques à évoquer tous les aspects de leur parcours, jusqu’aux plus personnels. La logique d’ensemble de l'entretien a ainsi été celle d’un resserrement progressif des sujets les plus publics aux sujets les plus privés.


1 - La discussion s’engageait sur la question suivante : « quand et comment en êtes-vous venue à faire le choix d’un investissement actif dans la vie politique ? ». Elle était accompagnée de demandes de précisions sur la difficulté éventuelle des décisions prises et sur le sentiment d’avoir dû consentir des sacrifices sur tel ou tel versant de leur existence.
Cette entrée en matière permettait de remonter aux premiers engagements, de la militance des années de jeunesse à l’acceptation d’une première candidature électorale. Elle posait aussi d’emblée les termes du débat : la nécessité d’un arbitrage entre des aspirations et des ambitions mêlant des considérations d’ordre public et privé.

2 - Second moment de l’entretien, dans la continuité du premier, j'abordais le sujet des difficultés rencontrées au sein du monde politique du fait même d’être une femme.
Je souhaitais amener ces élues à réfléchir à toutes les configurations dans lesquelles elles s’étaient heurtées au sexisme. Il s’agissait de recueillir des témoignages de ce que le milieu politique était pour les femmes un milieu obstinément inhospitalier ; il s’agissait aussi de faire apparaître des questionnements quant à la "virilité" des pratiques et des valeurs mêmes de la vie publique.

3 - Le troisième volet de l’entretien portait sur le travail politique concret, interrogeant l’éventualité d'une particularité féminine de ce point de vue.
Pour s’imposer, les femmes politiques avaient-elles dû endosser les principes et les attitudes propres à leurs collègues masculins ? Observaient-elles des différences sexuées dans la façon de remplir les obligations liées au mandat électoral ? Comment, par exemple, se déroulaient les séances en commission ou les réunions de groupe ? En un mot, pouvait-on distinguer les hommes et les femmes dans leurs pratiques politiques ?

4 - Ces interrogations me conduisaient assez naturellement à aborder le quatrième thème, celui des injonctions esthétiques pesant – ou pas – sur les femmes politiques.
Je leur demandais si elles avaient dû changer quelque chose à la façon dont elles s’habillaient et se présentaient aux autres. Je les questionnais sur l’importance de l’apparence dans la vie politique et sur les stratégies déployées pour s’en accommoder. Ce faisant, je pouvais commencer d’aborder des sujets plus personnels, le thème de la séduction me permettant de glisser vers celui de la vie de couple.

5 - Et c’est ainsi qu’il devenait possible d’envisager des questions d’ordre privé, voire intime. Le cinquième et dernier moment de l’entretien portait sur les difficultés de l’articulation entre les vies professionnelle et personnelle.
Les thèmes de la maternité et de l’éducation des enfants en constituaient le cœur. La condition de mère et celle d’élue, hautement chronophages l’une et l’autre, étaient-elles compatibles ? Quel rôle avaient joué les conjoints dans cette affaire ? Fallait-il nécessairement faire des choix, voire des sacrifices ? En un mot, quelles conséquences un mandat politique pouvait-il avoir sur la vie affective et/ou familiale ?

 


L'enquête reposait sur un principe d'épuisement : tant que les entretiens m'apportaient un éclairage inédit sur l'une de ces 5 thématiques, je continuais à prendre des rendez-vous. Il est ainsi arrivé un moment où plus rien de nouveau ni d'étonnant n'est ressorti des entretiens ; j'ai alors considéré que l'enquête était terminée, j'avais réalisé 57 interviews.

C'est en relisant leurs retranscriptions, au fur et à mesure de l'enquête, que j'ai pu commencer à repérer des positions-types relativement aux thèmes explorés. Peu à peu, des profils se sont dessinés que j'ai affinés, entretien après entretien. Quand il m'est apparu que chaque nouvelle femme politique rencontrée pouvait être associée à l'un d'entre eux, j'ai su que ma typologie était complète. Non pas que chacune correspondait idéalement à un type construit, mais je pouvais repérer chez chacune une majorité de caractéristiques relevant de tel ou tel type.

Quatre profils de femme politique ont ainsi pu être circonscrits : l’Amazone, la Manager, la Citoyenne et la Femme contemporaine, soit quatre façons d'entrer en politique et de vivre l'exercice du pouvoir, recouvrant quatre postures relativement à l'articulation des vies privée et publique.

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Camille Froidevaux-Metterie

Affiche du film Les Mâles du Siècles

Après Dans la jungle, il y a eu
L
es Mâles du Siècle 
 

Ensemble, Laurent et Camille ont conçu et réalisé le documentaire Les Mâles du Siècle (2021) dont l’objectif était de montrer comment les conquêtes féministes transformaient les hommes, ou pas. Lors des entretiens menés avec une trentaine de personnes âgées de 17 à 96 ans, ils ont tiré le constat d’un sexisme encore très prégnant chez eux, à l’exception des plus jeunes. Ils se sont alors demandés si une nouvelle génération d’hommes féministes n’était pas en train de naître. C'est ainsi que le projet des Petits Mâles est né.

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