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Le cadre théorique

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Au point de départ de notre enquête, il y a le constat de l'inédit de la condition féminine contemporaine. Ouverture des possibles dans le domaine social et professionnel, affranchissement vis-à-vis des normes conjugales et des stéréotypes de genre, maîtrise de la capacité maternelle et légitimité de la non-maternité, tous ces éléments renvoient à l'avènement d'un nouveau sujet féminin.
Pour en saisir les contours, il faut comprendre que le processus d’émancipation s’est déployé pour les femmes selon une logique cumulative : elles n’ont pu faire autrement que de surimposer à leur ancienne condition privée leur nouvelle condition publique. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir comment est vécu ce cumul des statuts par celles qui entendent ne rien lâcher de leurs aspirations tant sociales qu'intimes.

Ainsi, pour prétendre aux mêmes fonctions et aux mêmes places que les hommes, les femmes font bien souvent comme si elles n’avaient pas de contraintes privées : elles se présentent comme de purs individus. Pour la majorité d'entre elles, il y va d’une accumulation des projets et des astreintes qu'il s'agit de dissimuler afin de s’épargner d’éventuelles discriminations.
L’image de la « double journée » censée illustrer la difficulté que les femmes rencontrent à concilier les deux volets de leur existence recouvre bien plus que des problèmes d’emploi du temps. Elle fait signe vers une dualité existentielle qui ne va pas de soi. Qu'il faille parfois sacrifier sa vie de famille ou sa carrière indique bien que l’articulation des deux ordres est loin d’être évidente.

Les femmes politiques sont tout particulièrement concernées par ce défi, enjointes de combiner autonomie sociale, engagement public et accomplissement personnel. De ce fait, elles incarnent cette nouvelle condition féminine qui impose de tenir ensemble toutes les dimensions de l’existence sans renoncer à rien de ce qui la constitue. Une des hypothèses de ce travail regarde précisément l’impact de cette exigence sur le phénomène de la sous-féminisation de la vie politique.

Ce qu’il faut comprendre, ce sont les raisons de cette résistance têtue de la sphère politique à la féminisation du pouvoir. Il va de soi que la sur-masculinisation des partis politiques, le peu d’intérêt de leurs dirigeants pour la question paritaire, l'instrumentalisation voire le contournement de la loi sur la parité, sans compter le sexisme récurrent du milieu, tout cela prive les femmes de bien des opportunités de se faire élire ou de se voir confier un poste exécutif. En un mot, l’entre-soi masculin de la vie politique est un obstacle solide à la présence des femmes en politique.

Mais il faut aussi se demander si les femmes elles-mêmes n’y seraient pas pour quelque chose. Face au défi que représente l’articulation des dimensions privée et publique de leur existence, ne feraient-elles pas des choix pouvant éclairer la sous-féminisation de la vie politique ? Les arbitrages, compromis et autres changements de cap qui caractérisent les parcours professionnels au féminin ne jouent en effet pas toujours au bénéfice de la carrière. Certaines préfèrent ainsi renoncer à demander une promotion ou à briguer un poste de direction pour favoriser une vie personnelle, familiale mais pas seulement, qu’elles jugent plus épanouissante.

Pour les femmes politiques, les choix sont plus ardus encore, car il s’agit d’arbitrer entre trois pôles : le public-politique, le privé-social et l’intime-familial. Lorsqu’une femme envisage de candidater à une fonction élective, elle doit non seulement s’efforcer de mesurer ce que cela impliquera du point de vue de sa vie privée, mais elle doit aussi envisager les conséquences de son élection éventuelle sur sa vie professionnelle. À partir d’un certain niveau de responsabilité, il lui faut choisir entre son mandat et son métier.

Ces dilemmes sont au cœur de l’enquête que nous avons menée auprès de celles qui, plus que les autres femmes sans doute, sont confrontées à l’inédit et à la complexité de la condition féminine contemporaine.

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